Propos sur la respiration vu par la méthode Antalgym

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Nous ne prétendons pas dans cet exposé répondre aux pathologies de l’appareil respiratoire, mais de donner une autre vision du fonctionnement mécanique de la respiration et de ses incidences sur les différentes fonctions du corps.

 

Rappel

L’inspiration est le fruit d’une contraction d’un muscle principal, le diaphragme et de muscles accessoires (dorsaux, pectoraux, scalènes, dentelés, intercostaux, psoas…). La contraction de ces muscles entraîne une augmentation du volume thoracique dans toutes les directions, ce qui provoque un appel d’air à l’intérieur des poumons.

L’expiration n’est que relâchement des muscles inspirateurs, le thorax se resserre et reprend sa position initiale, évacuant par là même, l’air à l’extérieur des poumons.

On notera donc que l’inspiration est active et que l’expiration est passive, qu’elle n’est que le relâchement de l’inspiration, ceci sur une respiration naturelle (à volume courant).

Sur une expiration forcée, nous solliciterons les muscles abdominaux, intercostaux internes…

 

 

Pour aller plus loin :

 

  • Le muscle principal de notre respiration est le diaphragme, muscle en coupole situé à la base du thorax. A l’inspiration, le sommet de cette coupole s’abaisse, créant ainsi un vide thoracique qui fera entrer l’air. Par ailleurs, nous avons des muscles inspirateurs accessoires : grand et petit pectoral qui partent de la ceinture scapulaire et vont s’attacher sur le thorax, les scalènes qui partent de la colonne cervicale et vont sur les premières côtes, les muscles du dos qui s’insèrent sur le thorax (grand dorsal, sacro lombaire, dentelés) tous ces muscles s’insérant sur les côtes contribuent à faire entrer l’air dans les poumons.

 

  • L’expiration ordinaire, comme on l’a vu, se fera par le relâchement de ces muscles, notamment du muscle principal, le diaphragme dont le sommet (centre phrénique) remonte et chasse l’air des poumons. 

Remarque N°1

Il est communément admis que tous les muscles se rétractent et perdent leur souplesse au fil de la vie, les articulations se retrouvent avec une perte d’amplitude.

On peut donc penser que les muscles respiratoires n’échappent pas à cette règle, et que l’expiration deviendra incomplète par manque de relâchement des muscles inspirateurs. Ceci explique l’augmentation du volume résiduel avec l’âge. (le volume résiduel est la quantité d’air qui reste dans les poumons après une expiration).

Remarque N°2

En dehors de cette perte naturelle de souplesse de nos muscles et de nos articulations, avec un peu d’attention chacun pourra constater que nous avons quotidiennement un nombre incalculable d’apnées inspiratoires (environ 500 par jour) notamment lors d’efforts (soulèvement de charges), lors d’une sollicitation physique brève (changement de position), lors de travaux de précision (clé dans une serrure), lors d’une attention nécessaire exacerbée, d’une situation d’impatience, d’une émotion contenue, ou d’un effort de concentration…

Ces apnées, bien évidemment, se feront poumon plein (pour avoir une réserve d’oxygène et donc diaphragme contracté en position basse)

Ainsi, nous bloquons notre respiration, ne relâchant notre souffle qu’après l’effort.

D’autre part, nous retenons notre respiration dans toute situation de stress, ainsi les grands soupirs de soulagements ou d’exaspération ne sont que la traduction du blocage ou de la retenue préalable de la respiration. Tout ceci nous entraîne un peu plus vers la rétraction des muscles inspirateurs.

Remarque N°3
Une fatigue ou un défaut de maintien statique de notre colonne vertébrale seront compensés par une augmentation de la pression thoracique en inspiration ; cette plus grande pression aidera au maintien de la verticalité, à la manière d’une chambre à air qui se tiendra d’autant plus verticale qu’elle sera gonflée.
Remarque N°4

La perte d’extensibilité des muscles entraîne un enraidissement progressif des articulations costo-vertébrales et costo-sternales, le grill costal se retrouve très peu mobile et ne joue plus sa fonction de resserrement pour vider les poumons. Tout se passe comme si une main très enraidie au niveau des doigts ne pouvait plus resserrer une éponge pour la vider.

Remarque N°5

L’augmentation inéluctable de l’air non expiré entraîne plus de gaz carbonique dans les poumons. Il faudra donc inspirer davantage pour amener la quantité d’oxygène nécessaire au bon fonctionnement des cellules (plus une eau est sale, plus il faudra d’eau pure pour l’éclaircir). Je prendrai comme argument l’attitude de l’asthmatique qui étouffe par incapacité d’expirer donc par pléthore d’air. Une bonne expiration sera la clef nécessaire à la bonne oxygénation du corps.

Remarque N°6

Nous ne verrons jamais une personne à qui l’on demande de souffler jusqu’au bout, se redresser en ouvrant les bras mais au contraire se replier sur elle-même en fermant les épaules, l’expiration ne se faisant qu’en entrainant avec elle les attaches non thoraciques des muscles inspirateurs.

 

 

 

Suite à ces remarques, nous pouvons conclure que tout contribue à bloquer notre thorax vers l’inspiration ; voyons maintenant quelles en seront les conséquences fâcheuses.

Conséquences oh combien fâcheuses de cet état de fait :

1. Sur le plan morphologique et mécanique :

 

La nécessité impérieuse d’expirer va se faire par des compensations dysmorphiques.

 

  • Au plan vertébral : 

La rétraction du diaphragme au niveau de ses attaches vertébrales entraîne une hyperlordose de la charnière dorso-lombaire, mais nous savons que le muscle psoas est en relation directe avec le diaphragme par l’intermédiaire de ses arcades. Ces deux muscles travaillent en synergie, se rétractent simultanément et entraînent ainsi une hyperlordose lombaire et antéversion du bassin.

D’ores et déjà nous pouvons comprendre l’incidence de la respiration sur l’arthrose lombaire, la lombalgie, le lumbago, le tassement discal ou la coxarthrose (désaxassions fémur bassin).

 

Nous considérons que la cyphose dorsale est aussi une conséquence du trop-plein d’air pulmonaire ; nous pouvons en effet considérer cette cyphose comme un inspiration postérieure. D’où l’aberration de vouloir travailler cette pathologie par des exercices d’inspiration forcée et de musculation.

 

La rétraction des muscles scalènes cervico-thoracique entraîne soit une élévation permanente avec enraidissement des premières côtes, soit une avancée (antériorité) de la tête et du cou (hyperlordose cervicale à l’origine de la cervicarthrose et des névralgies cervico-brachiales) : Perturbation de la circulation vertébrale, vertiges.

 

En conclusion, nous voyons que tous les étages de la colonne vertébrale se trouveront modifiés par un mauvais jeu respiratoire, se traduisant par une augmentation des courbures physiologiques et diminuant ainsi sa hauteur.

 

  • Au plan scapulaire : 

La rétraction des muscles grands et petits pectoraux va entraîner soit une ouverture permanente en inspiration du thorax, soit un enroulement des épaules.

Si nous associons cet enroulement à la cyphose dorsale qui repousse les omoplates vers l’extérieur et vers l’avant, nous aurons obligatoirement une perturbation de l’axe mécanique de l’épaule avec toutes ses conséquences inflammatoires et arthrosiques sur les articulations concernées.

 

  • Au plan abdominal : 

La combinaison de la poussée du diaphragme vers le bas, de la lordose lombaire et de l’antéversion du bassin entraînera mécaniquement une saillie de l’abdomen en avant. D’où le danger d’une musculation abdominale, qui se ferait sans avoir préalablement corrigé les causes précitées, et provoquerait une hyperpression intra-abdominale.

 

  • Au plan thoracique : 

Du fait de l’augmentation de l’air dans les poumons, le thorax devient plus volumineux. Il s’élargit transversalement au niveau des bases ainsi que sur son diamètre antéropostérieur, les côtes sont plus ouvertes, le sternum tend à s’horizontaliser (augmentation significative de la distance entre le sternum et le pubis). Le thorax devient donc plus globuleux (cylindrique) comparé à sa forme initiale en V, c’est à dire pincé à ses bases avec un sternum vertical.

Chacun pourra observer notre devenir morphologique : perte de hauteur par augmentation des courbures vertébrales, tête en avant, épaules enroulées, thorax volumineux, ventre en avant. Nous n’isolerons pas les membres supérieurs et inférieurs qui subiront de plein fouet les conséquences de ces mauvaises tenues.

 

2. Sur le plan digestif :

 

Le jeu du diaphragme qui monte et descend au fil des respirations va créer un système de pression dépression dans l’abdomen et va aider le péristaltisme intestinal et ainsi permettre une bonne digestion. Si le jeu diaphragmatique est insuffisant, le travail intestinal réduit à lui-même devra se faire par des contractions plus importantes. Outre des tensions digestives douloureuses, il pourra s’ensuivre une digestion ralentie, des ballonnements, de la constipation. La tension du diaphragme est aussi à l’origine de la hernie hiatale (hernie diaphragmatique) ; en effet la poussée vers le bas du diaphragme associée à l’œsophage qui tire l’estomac vers le haut provoque un glissement de l’estomac dans le trou diaphragmatique, dans lequel passe l’oesophage (hernie hiatale). Il s’ensuivra des reflux acides que beaucoup connaissent.

Nous pouvons également imaginer qu’une pression excessive du diaphragme droit sur le foie perturbe le bon fonctionnement de celui-ci.

 

3. Sur le plan uro- gynécologique

 

La pression intra abdominale précédemment expliquée va se transmettre directement au niveau des sphincters du périnée qui vont s’arc-bouter. Ainsi les petits problèmes de fuites urinaires au rire, à l’éternuement, à la toux ou à l’effort, trouvent aussi leur origine dans la tension du diaphragme. Le mauvais contrôle du sphincter anal peut être à l’origine de certaines constipations.

Pour imager tout ce que nous venons de dire, comparons l’abdomen à une boîte de conserve. Si nous enfonçons le couvercle (descente du diaphragme) la pression interne augmente, ce qui impose une dilatation des parois et seule la sangle abdominale peut se relâcher. On comprend ainsi que de renforcer la paroi abdominale sans détendre le diaphragme, répercutera la pression sur le périnée (fond de la boite de conserve).

Nous pouvons penser que le prolapsus, descente d’organe peuvent trouver une de leur origines dans le contexte précité.

 

4. Sur le plan cardiovasculaire (cf article cardiovasculaire)

 

A la manière d’une pompe aspirante et refoulante, le jeu du diaphragme crée un système de pression dépression qui va aider le cœur à faire remonter le sang depuis les pieds.

On comprend donc qu’une mobilité diaphragmatique déficitaire pourra entraîner des troubles de la circulation de retour (œdèmes, varices).

A terme, il se produira une dette en oxygène qui sera compensée par une accélération du rythme cardiaque et du rythme respiratoire permettant ainsi un échange plus fréquent au niveau des alvéoles des poumons. A noter qu’en 100 ans, le rythme respiratoire est passé de 10 à 12 respirations/ minutes à 15 à 17, ceci étant dû également à l’augmentation du stress et à une vie beaucoup plus agitée (excès de sollicitations).

Tout cela peut être à l’origine d’une fatigue chronique.

Enfin, on peut penser que les 2 poumons surgonflés viendront gêner le bon fonctionnement cardiovasculaire dans le médiastin, par réduction de l’espace physiologique.

 

5. Sur le plan psycho-émotionnel

 

Le diaphragme joue un rôle essentiel dans l’expression orale, mais également dans l’expression de nos émotions. C’est lui qui permet de rire ou de pleurer. On comprendra que toute perturbation de la mobilité du diaphragme aura des conséquences fâcheuses sur notre oralité ainsi que sur l’expression de nos émotions.

Tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime.

 

 

 

En conclusion, notre respiration étant vitale, elle continuera de se faire quoi qu’il en coûte, aux dépends de tout ce que nous venons de voir. En revanche, si notre respiration se fait dans la plupart du temps de façon inconsciente elle peut être aussi contrôlée consciemment et donc s’améliorer par le biais d’exercices de postures créées par la méthode Antalgym.

Les Solutions

Elles seront éducatives et posturales :

 

1. Educatives

 

Il faudra sensibiliser la personne à être attentive à ses nombreux blocages respiratoires quotidiens. Observer les apnées à l’effort ou au stress, lui demander de lâcher un soupir à chaque fois qu’elle repère un blocage. Le soupir se fait par le nez ou la bouche entrouverte, sans retenue ; une bonne expiration est inaudible. 

Pour faire simple on expire à la manière dont on fait de la buée sur une vitre et non comme on souffle une bougie.

 

2. Posturales

 

Chercher par la posture à assouplir les muscles inspirateurs afin d’allonger l’expiration. Globalement on demandera à la personne une expiration complète, jusqu’à contraction des abdominaux, sur un bon placement statique du corps, c’est-à-dire remettre dans leur position physiologique toutes les insertions non thoraciques des muscles inspirateurs précités et provoquer un resserrement des côtes sur l’expiration, l’assouplissement d’un muscle ne pouvant se faire qu‘en éloignant ses extrémités.

 

A cet effet, Antalgym a mis au point une centaine de postures correctives que nous ne pouvons pas détailler dans ce propos comme par exemple :

 

  • Rotation et inclinaison du tronc : mobilisation thoracique latérale
  • Prière arabe : mobilisation thoracique postérieure
  • Respiration paradoxale : mobilisation thoracique supérieure.
  • Etirement postural des muscles inspirateurs accessoires : pectoraux, grands dentelés, dorsaux, scalènes…
  • Barattage abdominal : mobilisation du diaphragme
Conclusion

Nous aurons compris combien le travail respiratoire est important, voire essentiel, compte tenu des incidences fâcheuses qu’une mauvaise respiration aura sur l’ensemble des fonctions du corps. 

 

 

René Adamski